Lettre d’un étudiant confiné

« On passe les plus belles années de sa vie sans s’en rendre compte ». Je me répète cette phrase depuis plusieurs heures dans une pièce où pourrissent mes idées négatives. Une chambre, quatre murs, un lit défait, des vêtements mal rangés : est-ce un endroit approprié à l’apprentissage? Les moustiquaires devant mes fenêtres me donnent l’impression d’être entre des barreaux.

Je reste assis, zombifié devant mon écran, ne distinguant que quelques mots parmi la rafale que me balance mon professeur par vidéoconférence. J’empile les travaux à remettre sans le savoir. Je ne peux plus me changer les idées.

Ce qui me ronge, c’est de ne pas avoir assez profité de ce que j’avais avant. À force de porter ces morceaux de tissus, je ne vois plus les visages de mes amis, des gens dans la rue, des caissières dans les magasins. 

J’en viens à regretter ce qui avant me semblait un enfer : se lever à 6 heures, prendre le déjeuner à toute vitesse, m’habiller, crier après ma mère qui passe trop de temps à la salle de bain, attendre que le gros engin jaune, crachant sa fumée polluante, vienne le plus rapidement possible pour que j’arrête de geler à l’arrêt du bus, faire 35 minutes de trajet sur ses bancs durs, au milieu des cris des secondaires, pour finalement retrouver les amis et le cours soporifique du matin, tout ça me manque. Aller manger des sushis et des burgers, se piquer des frites, prendre le soleil sur le banc de la rue Jacques-Plante, tout ça me manque. Finalement je me dis qu’on ne prend pas assez de temps pour profiter des petits moments de la vie.

Je n’arrête pas de me demander quand tout ça va finir. En attendant j’ai commencé mon deuxième roman, je joue à des jeux en ligne avec les copains que j’ai hâte de voir en vrai. Je sais que des pandémies je vais en connaître d’autres. Je ne me sens pas prêt. Ne pas savoir, y’a rien de pire.

Noah, 17 ans, Repentigny, Québec.

© 📸 Martina Carinci via @unsplash
💻 graphiste visuel Cécile Gascuel

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