Lettres pour dire le monde

Des morts par milliers et eux, ne pensent qu’à vous, futures vacances. Alors qu’ils s’inquiètent de ne pas savoir ce que vous leur réservez, ils ne connaissent même pas la rivière qui est à dix kilomètres de leur maison ou la petite route qui les mène à la plus belle des ruelles du village voisin.

Pour ma part, les moments longs et lourds que nous venons de vivre m’ont rendue plus téméraire. Je suis sortie de mes habitudes et ça a tout changé. Avant, je montais tout droit dans la forêt puis à gauche. Et le lendemain, au lieu de prendre à gauche, je suis allée tout droit. Ce que j’ai alors découvert m’a donné ce même sentiment que lorsque nous voyageons à l’autre bout de la terre. Un sentiment qui mélange une pincée d’angoisse, une cuillerée d’inconnu et une poignée d’émerveillement.

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Lettres pour dire le monde

Je n’avais jamais vu autant d’oiseaux devant la maison que depuis qu’on n’a plus le droit de sortir de chez nous. Les animaux, petits et grands, reprennent leurs droits. J’aime les voir danser de l’autre côté des fenêtres. Ils me donnent de l’espoir. Ils ont l’air tellement insouciants. Leur plus grande préoccupation en ce moment est de nourrir leurs petits. Nous ne sommes pas très différent en vérité, cela préoccupe aussi beaucoup de parents.

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Lettres pour dire le monde

Ma douce Ginou,

Aujourd’hui, je veux utiliser cette arme incroyable que sont les mots pour te faire voyager. C’est vrai qu’en ces temps étranges, les mots n’ont jamais été aussi salvateurs. Ils soulagent le cœur. Je sais que tes yeux et tes oreilles te jouent des tours depuis quelques années, et malgré leurs caprices tu gardes un appétit et une curiosité insatiable. C’est incroyable. J’ai du mal à imaginer un confinement sans mes yeux et mes oreilles. Tu m’impressionnes. Grâce à tes efforts, ta volonté, tes derniers élans de vie, tu gardes contact avec le monde, avec tes proches. Tous les jours, tu t’installes devant ce que tu appelles ce «petit outil». Cet écran qui représente ta fenêtre quotidienne sur le monde. Cette «page numérique», qui nous connecte, nous lie les uns aux autres. Et tout particulièrement, l’une à l’autre. Ces emails qu’on s’envoie depuis des années ont participé à la création d’une relation toute particulière, précieuse, délicate, profonde, et aimante. Un échange de génération, toi 89 printemps, moi 28 hivers. Merci donc, petit outil.

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Lettres pour dire le monde

Il est dix-neuf heures et neuf minutes. Le ciel est dégagé, les oiseaux chantent de tous les côtés. Étendue dans le hamac, je ne te vois pas. Pourquoi n’es-tu pas là ?

J’ai promis à Mone et Christian, mes voisins, que ce soir, tu nous dévoilerais ta robe rose. Je tiens tellement à te voir ! Chaque soir je lève la tête et je m’endors en rêvant qu’un jour, je t’atteindrais.

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Lettres pour dire le monde

Il faisait tellement beau ce matin. Des champs, des fermes et des collines à perte de vue. J’ai eu envie d’aller courir. J’ai suivi la route près de la maison. J’ai vu un sentier, j’ai bifurqué… et je tombe sur ton arrière-train brun, flottant en plein air, au milieu de la route. Tu as bondi mais sans aller nulle part. Je me suis approchée. Tu étais accroché par le cou, du fer coincé dans ta peau ensanglantée, attaché par un fil de métal à une barrière. Tu te balançais d’un côté et de l’autre, paniqué. Tu forçais de plus en plus.

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Lettres pour dire le monde

L’heure n’est point à la rigolade.

Beaucoup se prennent pour Tirésias et se bandent les yeux devant ce qui nous arrive, en croyant à un simple cycle. Mais la colère de Zeus se déchaîne bel et bien sur nos têtes et notre idiotie va nous tomber dessus telle une épée de Damoclès. Je ne parlerai pas de la cosmogonie de notre planète mais bien de son eschatologie. Alors que, nous autres, enfants de Mère Nature, embrasons ses terres comme des pyromanes, beaucoup restent immobiles face aux changements climatiques et à leurs répercussions herculéennes.

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Lettres pour dire le monde

Depuis quelques jours, tu paniques. Tu sens que ton espace s’amoindrit, que tes ailes sont coupées pour un temps indéfini. Le fait de savoir que tu n’auras plus le choix entre tant de belles options, comme aller au théâtre, au cinéma, boire un coup avec des amis ou encore te balader dans les rues de ta ville sans craintes ni appréhensions, te serre le cœur. Un poids dans ta poitrine, lourd, des vagues d’angoisses qui surgissent sans prévenir. Après les annonces du Premier Ministre et du Président, tu sens comme ça bouge en toi, ça se tord, ça palpite,  ça te prend sans prévenir, puis ça s’apaise un peu jusqu’aux prochaines mesures annoncées, jusqu’aux prochaines interdictions que tu vas devoir, malgré toi, accepter.

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