Lettre à mes angoisses au temps du covid-19

Mes chères angoisses,

Quand j’ai appris que nous allions tous être confinés, j’ai immédiatement pensé à vous. Voici ma déclaration de guerre.

À toi d’abord, ma Claustrophobie, contre qui je me suis battue pendant si longtemps. J’ai d’abord pensé être en sécurité dans un lieu clos, et pourtant ma plus belle évasion a été de partir loin de mes dix-neuf années de routine chez mes parents, de découvrir de nouvelles choses et d’être maîtresse de mes choix.

Après six jours de confinement dans mon appartement strasbourgeois avec mes deux colocataires, tu reviens me guetter et tu secoues ton trousseau près de mes oreilles. Mais aujourd’hui, je te connais bien. Je parviendrai à te berner et à anticiper tes attaques.

À ton tour « Oh Cher Ennui !». Avachie sous mon plaid, j’entame le cinquième épisode de la série choisie par défaut la veille. Tu me fixes droit dans les yeux. J’aperçois les commissures de tes lèvres se relever et tes pattes d’oie se plisser. Je te vois malicieux, me tournant autour, ton arc à la main. Sois en sûr, ta flèche et sa trajectoire droite n’atteindront pas mon esprit, capable de bien des tours.

Arrivent enfin celles qui m’envahissent quotidiennement : la Solitude et la Dépendance affective. Sœurs d’armes depuis mon adolescence, j’ai réussi à vous contrer par une vie sociale riche et un métier de proximité. Aujourd’hui, pour la première fois, je me retrouve sans bouclier et sans armure. Mais je suis prête à vous faire face, et je tiendrai contre vous Mesdames ! S’il le faut, j’emploierai toute ma volonté car si je tombe, la grande et puissante Dépression viendra conquérir mon cerveau. Et elle, elle n’est pas angoissante, non ! Elle est terrifiante et a déjà possédé mon royaume… Il est hors de question qu’elle revienne.

Alors aujourd’hui mes chères angoisses, servantes de cette période étrange de flottement et guerrières de votre Reine Dépression, je vous l’annonce : vous me faites peur mais je suis prête à vous affronter !

Et qui sait, peut-être que cette fois j’arriverai à vous vaincre pour de bon.

Elisa, Strasbourg

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