Lettre à mes démons

C’est la première fois que je m’adresse à vous directement, et cela, curieusement, m’amuse beaucoup !

Depuis des jours, des semaines, des mois, des années, je tente inlassablement, sans répit de vous faire taire. Mais vous me rappelez, à chaque moment de faiblesse, que vous êtes toujours là, prêts à me faire douter du monde qui m’entoure et de moi-même, à me faire replonger dans vos limbes, si confortables, si terrifiantes, si proches de moi.

Je vous aime autant que je vous hais. Une attraction répulsive qui est le fruit de longues années de relation entre nous. D’aussi loin que je me souvienne, vous avez toujours été là, prêts à me protéger des autres, à me nourrir, à me chérir… à me détruire.

Ce n’est que très récemment que je me suis autorisé à imaginer une vie où vous ne seriez pas les pilotes de mon existence. Mais avec une force et une violence inouïes, vous m’avez rappelé que vous ne lâcheriez pas l’affaire aussi facilement, qu’à chaque cap intérieur que je franchirais, vous alliez me mettre à l’épreuve. Une épreuve au goût de déception, à l’odeur familière et réconfortante, à la texture rugueuse et collante. Grâce à vous, j’enchaîne les victoires et les défaites, les fiertés et les désillusions, comme un cycle sans fin, sans frein, que rien n’arrête.

Au détour des ruelles de ma vie, j’ai rencontré une femme nommée Stabilité, qui m’a présenté sa vision de l’existence : peu importe les barrières à franchir et les retours en arrière, j’ai le droit et le devoir de m’envoler au-dessus de la roue de l’existence, de la regarder avec amour, sans jugement, et de l’apprécier dans sa globalité. De me laisser envelopper par sa plénitude, de lâcher prise, de ne plus chercher à tout prix son origine ou sa direction.

J’exprime mon immense gratitude à cette femme, qui m’a donné les clés d’une vie plus sereine. Maintenant, peu importe la force du galop dont vous me parcourez encore, vous êtes acceptés et bienvenus, sans que je lutte, sans que je vous blâme.

Bienvenue donc dans une vie où vous avez le droit d’exister, et où j’ai le droit de ne pas vous suivre.

Valentin, Marseille.

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