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Cher toi,

Je t’écris en me disant que tu auras peut-être quelques minutes pour me lire. Mais qui a le temps, ces temps-ci ? Le temps de se pencher sur soi, sur le monde, et sur le monde vu par les autres. C’est ce que j’ai tenté d’offrir en créant ce média, en plein premier confinement. Je voulais te remercier de faire partie de cette petite barque jetée dans le flot d’informations, de mots et d’images qui traversent notre écrans.

Je t’ai rencontré un peu partout aux quatre coins du pays, et à chaque fois c’était une rencontre intense, et frustrante. Intense parce que je voyais plein de potentiels bouillonner en toi. Mais il fallait d’abord faire baisser ta méfiance. Forcément, j’arrivais de l’autre monde, puisque je venais donner des ateliers dans ton lycée. Pas beaucoup plus âgée que toi, mais ça suffisait pour dresser des défenses. Et puis dès qu’elles étaient tombées, la cloche sonnait et c’était fini, on ne se revoyait plus. Quand tu as quitté les bancs du lycée, on ne te voit pas. Tu es sur les bancs des facs ou des écoles. Entre 15 et 25 ans, on te demande d’accumuler les savoirs et les formations, et de bien rester dans ton monde. À l’heure où partout on parle du changement de société qu’il faut entreprendre, je trouvais qu’on n’entendait pas assez ta voix.

Avec ce média je voulais… je voulais tant de choses. Sortir l’écriture de l’exercice scolaire, te montrer qu’elle pouvait t’aider, que tu sois littéraire ou pas. Surtout si tu ne l’es pas. Je ne voulais pas faire un média pour les jeunes, je voulais faire un média pour tous par les jeunes. Que les plus âgés, tes parents, tes profs, tes voisins, puissent regarder le monde par-dessus ton épaule, comprendre ce qui te fait peur, ce qui te fait rêver, ce que tu veux défendre, ce que tu veux combattre. Puisque tu es le citoyen de demain. J’étais persuadée que tu avais bien plus de convictions qu’on voudrait le croire, que tu étais capable d’autocritique et de distance, et de mettre le doigt là où on a besoin de travailler. Je ne m’étais pas trompée.

Te raconter…

Tu as écrit pour te raconter. Pour dire ton mal-être (lettre à l’anorexie, lettre à mes démons, lettre à ma dépression), pour interroger tes failles (lettre à ma timidité, lettre à ma flemme), pour te réconcilier avec ce que tu es (lettre à mon hypersensibilité, lettre à mon autisme, lettre à mon estime), pour dire ton espoir (lettre à mon espérance), pour affirmer tes choix (lettre à l’enfant que je n’aurai jamais).

Tu as écrit pour célébrer ce qui est là (lettre à la vieillesse, lettre aux vivants) et pour pleurer ce qui est parti (lettre à ma grand-mère emportée par le corona, lettre à la petite que j’étais), pour envisager ce que tu seras (lettre à celle que je serai, lettre à mon avenir), pour t’encourager (lettre à la pensée positive) et pour te soulager (lettre à mes cons-frères, lettre d’un étudiant confiné), pour t’interroger (lettre à mes pensées), pour mettre les points sur les i (lettre à mes parents, lettre au divorce de mes parents) pour rigoler un bon coup (lettre à ma barbe)

…et dire le monde ?

Mais tu as aussi écrit pour dire le monde. Dire l’isolement des étudiants pendant cette crise sanitaire (lettre d’un étudiant confiné), dire ton engagement écologique (lettre à ma poule, lettre à un blaireau que je n’ai pas pu sauver, lettre à la nature en repos), politique et social (lettre aux allochtones). Tu as voulu parler des laissés-pour-compte (lettre aux fils de rien, lettre à un enfant migrant), remettre les choses en perspective (lettre à nos futures vacances), interroger la société (lettre à la société).

Ah, c’est vrai que cette section est trois fois plus courte que la précédente… Là où ça manque, c’est qu’il y a des choses à faire ! Moi je suis persuadée que tu as bien des choses à nous dire sur le monde que tu souhaites et celui que tu rejettes. Sur ce que tu aimerais changer dans l’éducation (lettre à mon prof idéal ? lettre à mon école idéale ?) dans les rapports entre les générations (lettre au parent que je serai ?) dans la consommation. Quel monde du travail tu imagines pour demain ? Quels changements dans les relations ? Prends toute la place pour qu’on arrête de dire “les jeunes ils ne s’intéressent qu’à…”

On aimerait tellement faire mieux…

Quand on reçoit une lettre, on y passe quelques heures, à corriger les fautes, à faire des paragraphes quand on reçoit tout un bloc, à tirer des fils là où on sent que tu pourrais aller plus loin, t’aider à faire de ce qui sort de toi quelque chose qu’on peut partager à tous. Parfois te pousser dans tes retranchements, et toujours te suivre dans tes instincts. On a vite compris qu’il fallait entrer en relation avec toi directement, par la voix. On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. Parce que sinon, ce texte devenait un devoir que tu rends et auquel tu ne penses plus. Nous ce qu’on voudrait, c’est collaborer avec toi, faire un petit bout de chemin ensemble.

On a tellement d’idées… on aimerait te faire rencontrer à distance les autres auteurs, on aimerait que des gens organisent des ateliers à partir de tes lettres dans leur région, on aimerait faire lire tes textes par des comédiens ou des artistes connus et qu’ils puissent même te coacher pour lire toi aussi, on aimerait avoir des musiciens qui y mettraient de la musique, créer des rencontres entre parents et enfants autour des lettres, envoyer certaines à des ministres… On aimerait aller à la rencontre des jeunes détenus, avoir une présence dans tous les pays francophones…

…avec toi !

Nous sommes une toute petite équipe. Tous bénévoles. La plupart ont des enfants et travaillent sur ce projet tard le soir ou dans leurs petits moments avant le dîner ou après le coucher des enfants. Ils se sont engagés parce qu’ils croient en toi et qu’ils veulent donner une chance à la société de t’écouter. On ne peut que te tendre la main, en espérant que tu la prennes. On a créé un espace pour toi, et on ne peut que t’ouvrir la porte et espérer que tu entres pour en faire un chez-toi. Oui y a les études, le boulot, les amis, les amours, les emmerdes… mais on espère qu’il y a aussi une envie de changer des choses, et pour ça, il faut bien commencer quelque part.

Tu sais, quand on écrit une lettre à publier, il y a toujours trois destinataires : celui à qui on dit qu’on écrit (qui est écrit en haut), celui pour qui on écrit (le lecteur), et soi-même. Alors :

à toi auteur à qui j’adresse cette lettre : on attend tes retours, tes envies, si tu veux te joindre à l’équipe, si tu as des idées, si tu veux bien prendre le temps d’en parler à tes amis…

à toi lecteur de cette lettre : parlez-en, à des gens qui travaillent avec les moins de 25 ans – coachs sportifs, profs, psy – des centres de détention pour mineurs, avec des gens dans les DOM TOM, au Canada, en Afrique subsaharienne, au Maghreb, en Europe, à des médias, avec toute personne qui pourrait nous aider à faire grandir ce projet.

Sarah Roubato

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Cela fait longtemps que je t’ai mis sur la touche. Pourtant pendant presque un an, tu étais à mes côtés, dans mon lit, roulé en boule, vers mon oreiller. Quand j’étais triste et que mes larmes coulaient, je te serrais fort contre moi, en espérant que ça allait passer. Tu étais si doux et aussi trop grand pour moi. Je t’ai caché de tous, de ma famille, de mes amis.

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C’est la première fois que je m’adresse à vous directement, et cela, curieusement, m’amuse beaucoup !

Depuis des jours, des semaines, des mois, des années, je tente inlassablement, sans répit de vous faire taire. Mais vous me rappelez, à chaque moment de faiblesse, que vous êtes toujours là, prêts à me faire douter du monde qui m’entoure et de moi-même, à me faire replonger dans vos limbes, si confortables, si terrifiantes, si proches de moi.

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