Lettre à ma Liberté au temps du corona virus

Depuis quelques jours, tu paniques. Tu sens que ton espace s’amoindrit, que tes ailes sont coupées pour un temps indéfini. Le fait de savoir que tu n’auras plus le choix entre tant de belles options, comme aller au théâtre, au cinéma, boire un coup avec des amis ou encore te balader dans les rues de ta ville sans craintes ni appréhensions, te serre le cœur. Un poids dans ta poitrine, lourd, des vagues d’angoisses qui surgissent sans prévenir. Après les annonces du Premier Ministre et du Président, tu sens comme ça bouge en toi, ça se tord, ça palpite,  ça te prend sans prévenir, puis ça s’apaise un peu jusqu’aux prochaines mesures annoncées, jusqu’aux prochaines interdictions que tu vas devoir, malgré toi, accepter.

Tout va si vite. Tout paraît si absurde et caricatural autour de toi. Les événements sont annulés les uns après les autres. « La propagation est exponentielle », disent-ils. Le confinement est annoncé. Combien de temps ça va durer ? Aucune idée ! Ce virus apparaît comme un accélérateur de vie, mais aussi, et bien tristement, de mort.

Liberté, tu sais à quel point je te chérie. Tous les choix que je fais depuis quelques années, mes voyages, mes études, mon engagement politique et militant, et tellement d’autres choses essentielles à ta survie, sont pour te rendre hommage et te célébrer. Tu es une sorte d’étoile scintillante dans un ciel tourmenté qui m’aide à me diriger quand je suis perdue, seule sur mon embarcation de fortune.

Mais aujourd’hui, et j’en suis sincèrement désolée, je vais devoir te museler pour quelques temps. Tu ne vas pas disparaître totalement, n’aies crainte ! Seulement tu n’auras pas cette force et cette beauté des temps jadis. Tu seras simplement en attente de jours meilleurs.

Il te faudra t’armer de courage et de patience, car le Président l’a décrété : nous sommes en guerre. Une guerre ? Vraiment ? Alors s’il en est ainsi, tu devras coûte que coûte garder cet espoir au fond de toi, celui de la puissance de la Vie qui ressurgira, plus forte encore, plus majestueuse, et ce grâce à ce processus de transformation radicale et nécessaire de tout ce que nous connaissons, de tout ce que nous avons construit depuis ces derniers siècles. Nous avons agi avec nos peurs, notre soif de puissance toujours plus grande, nos frustrations inassumées et dangereuses. Pour tout cela, nous devons en payer le prix juste.

Ce sont de grandes responsabilités que nous avons là. Tout d’abord, sauver des vies en restant confiné.e.s chez soi (original tu ne trouves pas ?), puis une fois que l’épidémie sera passée (puisqu’elle finira bien par s’arrêter un jour !), changer le Monde. Rien que ça !

Les grèves, les manifestations, les actions politiques dans la rue, les ZAD, toutes ces tentatives qui nous ont petit à petit ouvert les yeux, qui nous ont prouvé qu’un autre chemin était possible et qu’il était urgent d’agir, n’ont malheureusement pas été suffisantes.  Mais elles ont déjà eues un impact considérable sur notre prise de conscience générale et nous ont rassemblé.e.s, pour le meilleur comme pour le pire.

Il est temps d’accepter la situation telle qu’elle est même si cela nous paraît aujourd’hui totalement anti-naturel, à toi comme à moi. Certains jours, tu me manqueras plus que tout. Mais ce qui nous fera tenir, c’est de penser que dans le nouveau monde que nous allons tenter de construire, celui, plus juste et en accord avec tes principes et tes valeurs, comme (en vrac) la solidarité,  la sororité, la décroissance, le partage équitable des richesses et du temps de travail, l’éducation populaire, l’abolition du patriarcat et de toutes violences systémiques qui ont déjà trop duré, tu pourras alors déployer à nouveau tes ailes.

Prends soin de toi ma chérie et n’oublie pas : « L’attente est en proportion du bonheur qu’elle prépare » (Michel Dupuy)

Gaëlle, Besançon

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