Lettre à la lune

Il est dix-neuf heures et neuf minutes. Le ciel est dégagé, les oiseaux chantent de tous les côtés. Étendue dans le hamac, je ne te vois pas. Pourquoi n’es-tu pas là ?

J’ai promis à Mone et Christian, mes voisins, que ce soir, tu nous dévoilerais ta robe rose. Je tiens tellement à te voir ! Chaque soir je lève la tête et je m’endors en rêvant qu’un jour, je t’atteindrais.

Je regarde à gauche, je ne vois rien.

Tu dois être en train de rire avec toutes ces histoires de virus ! Comme tu l’as remarqué, il y a moins de moteurs dans l’air. Chacun reste dans son petit chez soi, ça devient long de ne pas voir les gens qu’on admire, qu’on aime et qui nous font rêver ! Toi, tu me fais rêver, je t’envie. Alors s’il-te-plaît, montre-toi !

Certains de mes voisins sont musiciens, ils commencent leur « concert apéro-jazz » sur leur terrasse. Ça me détend. C’est doux et entraînant, un peu comme toi. Mes poils se dressent, le soleil se couche, il est bientôt l’heure du spectacle !

C’est dans la pénombre que je te vois le mieux. Tu es muette, mais je suis sûre que tu m’entends. La folie me prend.

Je regarde à gauche, toujours rien.

Un arbre rempli de fleurs blanches… je capture l’instant. Cela me rappelle ta douceur. Jules m’a dit qu’il t’avait eue au téléphone. Je suis jalouse, mais il a dû t’envoyer des bisous avec son mégaphone ! Tellement de chanteurs parlent de toi. « One, two. One, two, -free-, four ». C’est reparti pour un morceau de sax ! Une idée me vient, je dois aller au bout de la rue, pour avoir un meilleur point de vue ! Bon, vas-tu pointer le bout de ton nez ?

Je regarde au loin, encore rien.

À quoi tu joues ?

Assise en tailleur, pieds nus au milieu de la rue, j’attends. Mes yeux fatiguent. Je me concentre sur ce que je vois, de bas en haut… Marron, violet foncé…

Te voilà ! Là, juste en face de moi ! Je fonce chercher Papa et l’appareil photo. Dix-neuf heures et quarante-neuf minutes.

Tu grandis, tu grossis, tu t’embellis ! Je t’ai devant moi, mais la température baisse. Les notes de musique se font rares, le clocher sonne. C’est l’heure d’aller manger un burger ! À cet instant, tu tiens entre trois fils électriques. Je vais te quitter pour un temps, toi qui me donnes une impression d’éternité du moment présent. Mais je reviendrai cette nuit, à ton apogée. J’ai prévenu Jérôme, qui se lèvera sûrement pour t’admirer, lui aussi ! Ta forme changeante me rend joyeuse et c’est bien toi qui me fais rêveuse.

Nolwen, une toute petite admiratrice d’un petit village de Haute-Marne.

P.S : j’ai peut-être attrapé un coup de froid…

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